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06

Mar 2017

  • Articles et presse

L’Asset Management, une industrie condamnée à innover 

Article rédigé par Raphaël Cretinon – Directeur – Périclès Consulting

Ceux qui me connaissent savent que j’ai deux passions dans la vie, en plus de l’Asset Management bien sûr, à savoir le Street Art et la haute horlogerie. L’histoire de l’industrie horlogère me fait fortement penser à ce qui se passe depuis quelques années en Gestion d’actifs.

L’horlogerie telle qu’on la connaît a été inventée par des horlogers de génie comme Abraham Louis Breguet au début du XIXe siècle. La production était à l’époque très limitée et réservée à l’élite.

La production horlogère s’est démocratisée pour devenir véritablement mass market au début du XXe siècle grâce à des innovations dans les techniques de production (standardisation, taylorisation…) qui ont permis d’abaisser les coûts de production et à l’utilisation de matériaux moins nobles comme l’acier.

Après la seconde guerre mondiale, le secteur de l’horlogerie mécanique s’est peu à peu endormi. Les horlogers ne répondaient au final plus qu’à une seule promesse à la fin des années 60 : donner l’heure !

Seulement voilà, dans les années 70, le marché a été complément « disrupté » par l’innovation majeure que représente l’arrivée du mouvement à quartz développé par les japonais. Il était désormais possible de produire des montres beaucoup moins chères qu’avant, avec une précision inégalée et le confort de ne plus avoir besoin d’être remontée.

Le résultat fut sans appel. L’industrie horlogère traditionnelle est rentrée en crise, les ventes s’effondrèrent, les usines fermèrent.

Au milieu des années 90, les manufactures ont compris que leur salut viendrait de l’innovation produit et d’un positionnement haut de gamme. Ainsi, les maisons horlogères historiques ont presque toutes été rachetées par des groupes (Richemont, LVMH, Swatch Group) qui ont ensuite réinvesti des dizaines, des centaines de millions pour recréer un appareil de production de pointe et embaucher des maîtres horlogers de génie pour produire des pièces d’exception dotées de grandes complications (tourbillon, calendrier perpétuel, répétition minute…). Le positionnement prix a également été complètement revu en faisant grimper le prix des gardes temps des grandes maisons d’environ 10% par an entre 2000 et 2015. C’est ainsi que l’horlogerie suisse a été sauvée par le haut de gamme et est devenue un marché de 20 milliards de CHF par an.

Mais où veut-il en venir avec ces montres ? J’y arrive.

L’émergence des ETF pour l’industrie de la gestion d’actifs s’apparente pour moi à celle du mouvement quartz pour l’horlogerie traditionnelle.

En effet, cette innovation de rupture apporte les mêmes bénéfices évoqués précédemment : forte baisse des prix, régularité de la performance en ligne avec son indice de référence et simplicité d’utilisation du fait d’un passage d’ordres classique, à l’instar de n’importe quelle action cotée.

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Face à la déferlante de la gestion passive, les gérants actifs n’ont pas d’autre choix que d’innover sans quoi la Gestion financière pourrait rapidement se banaliser et faire rentrer le secteur en crise.

Innover tout d’abord dans les stratégies de gestion. L’investissement factoriel, le risk premia, le smart beta sont des stratégies qui se développent rapidement depuis quelques années. Ces gestions très « quant » rencontrent un réel succès chez les institutionnels.

Innover ensuite en matière de classe d’actifs. Le meilleur exemple est l’explosion de l’investissement dans les actifs réels qui offre un rendement élevé en contrepartie de leur illiquidité ce qui n’est pas un problème en soit pour des investisseurs institutionnels de long terme.

Innover toujours en matière d’offre de services. Les besoins d’accompagnement des institutionnels vont souvent au-delà de la Gestion Financiere. Par exemple, un corporate qui possède des fonds de pensions pour ses salariés présents dans différents pays a des besoins d’agrégation et de pilotage du risque sur la globalité de ses encours. Certains asset managers développent désormais des offres appelées « fiduciary Management » pour offrir un service global aux directions financières, bien au-delà de la Gestion.

Innover enfin par l’utilisation des nouvelles technologies pour générer plus d’alpha. L’exploitation du Big Data et du Machine Learning pour les process d’investissement ne fait que commencer.

Le Management de l’innovation doit être au cœur des préoccupations des dirigeants des maisons de Gestion. Il ne suffit pas décréter qu’on est innovant, il faut favoriser la prise d’initiative, donner les moyens aux collaborateurs de penser « out of the box » et mettre en place une gouvernance pour passer d’une idée prometteuse à une réalisation qui donnera à la société un facteur de différenciation fort.

Soyons audacieux et inventons ensemble la Gestion d’actifs de demain.

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