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12

Déc 2017

  • Articles et presse

L’Asset Servicer 2.0

Article rédigé par Romain Rousval – Manager Périclès Consutling

Lorsque l’on parle transformation digitale dans l’Asset Management ou Fintechs, les premiers exemples qui viennent à l’esprit sont évidemment les plus visibles côté client. Comme les robots advisors ou des outils pour communiquer avec le client final. Cependant, ces fonctions ne sont pas les seules, il ne faut pas oublier toute la partie « back-office », qui représente le socle sur lequel le secteur de l’Asset Management repose.

Les parents pauvres de l’asset management

Dans l’écosystème de l’asset management, la fonction Back Office (dépositaire, valorisateur, reporting réglementaire) a toujours été considérée comme secondaire. La plupart des gérants ne voient pas la valeur ajoutée du comptable OPC à la gestion du fonds ou à sa  commercialisation. Pourtant, ce rôle reste primordial : pas de souscription sans Valeur Liquidative !

Pour éviter de devenir des commodités sur leurs activités « cœur » à savoir la conservation et l’administration de fonds, les Asset Servicers proposent déjà des services à plus forte valeur ajoutée, comme différents calculs de ratios de risques ou d’attribution de performances. Cette évolution est logique, toutes les informations nécessaires à ces analyses étant disponibles dans leurs systèmes, autant les exploiter.

Dans cette optique, les prestataires élargissent leurs offres de services en remontant la chaine de valeur (du Back vers le Front).

Une digitalisation « évidente »

La première d’entre elles, et qui reste incontournable, est une application mobile. Certains administrateurs de fonds offrent désormais aux gérants la possibilité de valider leur VL via leur smartphone. Sans remettre en cause l’importance pour leur image d’avoir une application mobile et de proposer ce service « digital » aux clients, la réelle valeur ajoutée que cela apporte au gérant et l’utilisation qu’il va en faire restent plus limitée. En effet, valider une Valeur Liquidative via un mobile peut dépanner le gérant lorsqu’il est en mobilité sous réserves que l’application explicite les  écarts par rapport à l’indice de référence et surtout qu’il n’y ait pas ou peu de souscriptions/rachats (pour appréhender les éventuels impacts d’une VL erronée). Mais dans l’immense majorité des cas le gérant, s’il n’intègre pas dans son système les fichiers du valorisateur, voudra regarder sa NAV en détails. Ce qui reste peu pratique sur un mobile.

Les particuliers mieux servis que les institutionnels !

Un autre service paraissant évident serait de proposer des reportings dynamiques.

Les Asset Servicers proposent un service de production de FactSheets de fonds. Les différentes informations, que ce soit de performances ou de risques sont calculées et misent en forme en respectant la charte graphique du client. En revanche la forme est figée et le reporting produit à fréquence déterminée, souvent mensuellement. Quel gain ce serait d’offrir au client un outil lui permettant lui-même de sélectionner les informations lui semblant pertinentes et faire sa propre mise en page ; comme s’il faisait sa carte de visite sur un site spécialisé. Il pourrait même générer un reporting en quasi temps réel pour le présenter à un investisseur lors d’un rendez-vous.

Nous parlons là d’offrir aux clients des outils de reporting, mais nous pourrions aller plus loin. Le prestataire pourrait proposer à ses clients des versions de tous ses outils que ce soit d’analyse de performances ou de risques, des solutions aussi bien front, que middle Office. On remarque d’ailleurs que la plupart des courtiers en ligne offrent de nombreux outils d’aide à la décision ou de suivi en temps réel des portefeuilles et des risques associés  pour l’ouverture d’un compte à partir de quelques milliers d’euros !!! Pourquoi un institutionnel devrait-il se contenter de PDF mensuels alors qu’il confie des centaines de millions voire des milliards ?

Le principal frein aujourd’hui au lancement d’offres de reporting dynamique en quasi temps réel est la qualité des données et le coût associé au contrôle. Les tâches de vérification des données brutes ou calculées sont généralement réalisées par le chargé de reporting dans le cadre de la production des rapports. Si les rapports sortent tous les jours, une sécurisation des processus d’acquisition de données et une automatisation des contrôles sont nécessaires.

Une vraie révolution digitale

Quand on parle de transformation digitale, les applications mobiles ou le recours à la technologie ne sont pas les seuls outils pour dynamiser son offre. La révolution digitale n’est pas uniquement une évolution technologique, mais aussi (et surtout) une nouvelle façon de travailler et d’utiliser la richesse inexploitée que sont les données.

Prenons l’exemple de Google Maps qui offre à ses utilisateurs la possibilité de se géolocaliser et de s’orienter sur une carte. Mais en offrant ce service, Google récupère en temps réel la position de chaque utilisateur, en déduit sa vitesse de déplacement, et peut ainsi offrir un nouveau service : le trafic en temps réel avec une précision bien supérieure aux autorités locales.

Utiliser des données disponibles et inexploitées pour offrir un nouveau service à valeur ajoutée, voici la véritable transformation digitale.

Et dans l’univers de l’asset management, qui détient la plus grande quantité d’informations sur un fonds et ses concurrents ? L’Asset Servicer.

En plus de proposer aux gérants des calculs de ratios réglementaires et des attributions de performances, il pourrait les comparer à des fonds similaires et monétiser cette analyse. Un gérant d’actions européennes, peut être intéressé de savoir qu’il était surpondéré sur les télécoms par rapport à l’ensemble des autres fonds de sa catégorie, et que son attribution de performance sur ce secteur l’a pénalisé. Bien évidement ce service nécessiterait qu’une partie significative des clients acceptent de partager les données de leurs fonds (de manière anonyme bien entendu).

Une analyse « Big Data » du passif d’un fonds pourrait donner au client des alertes sur de possibles souscriptions ou rachats suivant les conditions de marché. Ou encore en se focalisant sur l’actif, pour découvrir les habitudes et les biais du gérant (et le prévenir à ce niveau).

Allons au plus simple

Nous parlons ici d’analyses poussées ou d’outils sophistiqués  nécessitant d’importants développements. Mais beaucoup plus simplement, comment un dépositaire / valorisateur pourrait être un véritable partenaire pour le gérant et changer cette image de prestataire à faible valeur ajoutée pour offrir une aide efficace ?

Les opérateurs téléphoniques ne se sont attelés qu’à fournir du flux alors qu’ils ont toujours eu toutes les cartes en main pour offrir du contenu à leurs clients. En connaissant les positions et mouvements d’un fonds, le prestataire pourrait envoyer des informations ciblées sur les titres détenus et les marchés. Une simple sélection et mise à disposition d’informations sur les marchés ou recherches broker pertinentes serait un premier pas pour revaloriser le prestataire.

La principale révolution de la fonction d’un Asset Servicer, n’est peut-être pas d’améliorer son efficacité et sa rentabilité sur son cœur de métier, mais de valoriser son expertise et ses richesses cachées pour changer son positionnement vis-à-vis de ses clients.

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