Retour

08

Mar 2018

  • Articles et presse

2017, une divine surprise quant à la performance des caisses de pension suisses et 2018 un début de dérégulation ?

Article rédigé par Denis Mazouer – Périclès Group Suisse

Au moment où cet article est rédigé, il n’y a pas d’étude sur les résultats des bouclements de caisses de pension. Cependant on a déjà une bonne idée de la performance réalisée par les caisses et celle-ci a dépassé les attentes de tout un chacun.
L’indice des caisses de pension du Credit Suisse affiche 8,05% pour l’année 2017, à mettre en parallèle avec le 1% exigé. Certaines caisses indiquent aussi un « double digit » en matière de performance.
Ceci devrait réjouir les caisses et augurer du meilleur pour l’avenir et les défis relevés dans le projet de réforme de la prévoyance 2020. De plus, la moyenne historique d’un peu plus de 3% devrait s’améliorer.
Le fait que le Conseil fédéral scinde le projet de réforme en deux soit l’AVS d’une part et la prévoyance professionnelle d’autre part est un signe encourageant.
Face à cette surprise, certains ont essayé de prédire le proche avenir 2018, avec par exemple cette formule « The party is going (wr)on(g) » dixit Thomas Hauser de Pirmin AG.
D’autres se sont lancés dans une réflexion sur le chiffre, du type « le chiffre en soi est faux » (Roger Baumann).
Ces anecdotes de la part d’esprits brillants, cachent difficilement l’embarras des gestionnaires de fortune dont les pronostics en début 2017 étaient pessimistes.

Au milieu de cet horizon positif, une bombe éclate avec les changements annoncés par l’UBS en Suisse dans sa caisse de pension pour 2019 :

Baisse du taux technique de 3 à 1,5%

Baisse du taux de conversion de façon drastique à 4,42%

D’où une réduction des prestations que beaucoup considère comme extrêmement conservatrice et exagérée. C’est un signal difficile à comprendre sinon dans la poursuite du catastrophisme et en corolaire la désaffection de la prévoyance.
Le rapport de l’OCDE « Panorama des pensions » relève que le taux de dépendance des personnes âgées (rapport entre les personnes de 65 ans ou plus et la population active) qui est aujourd’hui en Suisse de plus de 25 ans, passera dans une trentaine d’année à 50%.
Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle ? Bien malin celui qui peut y répondre.
Ce type d’analyse brute entretient un sentiment de « on va vers la catastrophe » sans bien savoir ce que cela signifie en réalité. Ce dernier point peut en partie expliquer les décisions de la caisse de pension d’UBS.
Quand les statistiques de bouclement des caisses deviendront publiques, on pourra voir comment les conseils de fondation ont réagi sur la question du taux d’intérêt crédité sur les avoirs de vieillesse des assurés actifs.

Pourquoi parler de dérégulation en 2018 ?

Dans la mesure où le projet de réforme a été rejeté par le souverain, la marge de liberté des caisses est maintenue. De plus, faute d’accord sur le taux technique de référence entre la Chambre et la Commission de haute surveillance, le statu quo est en vigueur, soit encore une marge de liberté pour les caisses. Ainsi, du fait de la non application de nouvelles normes, les caisses de pension peuvent travailler sereinement. Doit-on se réjouir déjà d’une meilleure gouvernance des caisses de pension ?
L’attitude de la caisse de pension de l’UBS donne un signal fort, à savoir le niveau des rentes promises n’est pas tenable et a réduit les expectatives des assurés actifs. Cette affirmation est souvent complétée par des études de congruence actif/passif, étude qui par le choix d’hypothèses déterministes pessimistes va aider à justifier les décisions.

A ce sujet, il est intéressant de se référer aux deux courants qui se sont affrontés dans le cadre des journées de BSV à Zürich :

  • Urs Schaffner prétend que la majorité des caisses ne peuvent pas faire face à leur obligation en matière de prestations.
  • Philippe Lüthy déclare que la question n’est pas de savoir si les caisses peuvent faire face à ces expectatives de rentes mais comment atteindre les objectifs de rentes souhaités ?

 

En quelque sorte, nous avons une approche de type « nihiliste » et une approche « positiviste ». La première approche permet d’être du bon côté et correspond assez bien à la culture suisse. Les conseils de fondation devront faire un choix ou simplement le refuser en suivant le courant restrictif et la baisse programmée des rentes. En ce qui concerne l’attitude des autorités de surveillance, voici une mention de la circulaire du 7 décembre 2017 sur les informations requises en matière d’indicateurs de risque : « L’évaluation des données (…) montre qu’il est particulièrement important que l’organe suprême veille de près et régulièrement à l’évolution de la situation financière de l’IP et se penche sur les risques qu’elle encourt afin que l’IP reste apte à répondre aux défis futurs. »
Les 3 indicateurs de risque sont la sécurité financière, la capacité d’assainissement et le financement en cours.
En mettant en avant les risques, on en oublie souvent la nécessité de gérer au mieux le capital de prévoyance, ce que rappelle à juste titre Philippe Lüthy.

Début mars, le monde politique et en particulier le gouvernement suisse présente des idées pour revenir sur la réforme 2020.
On enterre la méga réforme et on s’attache d’abord à la question de l’AVS/AI, soit la couverture de base. Dans ce cadre, on dit assurer l’équilibre financier de l’AVS en majorant le taux de TVA de 1,7% (aujourd’hui de 7,7%).
De plus, on revient sur l’âge de retraite des femmes à 65 ans, un des points d’achoppements en 2017 mais on prévoit des mesures compensatoires encore à définir.
La nouvelle difficulté tient au fait que les femmes lient maintenant l’égalité des salaires à la hausse de l’âge de la retraite. Or, il reste encore une différence significative entre les salaires des hommes et des femmes (de l’ordre de 10% et plus). Il faut attendre les détails de ce projet mais les premières réactions sont vives. D’ores et déjà, la hausse de la TVA est considérée par les milieux économiques comme exagérée et il faut attendre les prévisions de la garantie sur 12 ans.

L’horizon temps pour les réformes politiques est de 2 à 3 ans mais attention à l’écueil des élections parlementaires de 2019. L’horizon temps des caisses est à la fois sur le long terme et sur des décisions annuelles telles que le crédit d’intérêt sur les avoirs de vieillesse des assurés actifs.

Partagez cet article :

Pour partager cette fiche, entrez une adresse mail valide :

Envoyer