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21

Mai 2019

If you pay peanuts you get monkeys
  • Articles et presse

Chute des rémunérations des gestionnaires d’actifs

Sauf si vous revenez de la planète Mars, il ne vous aura pas échappé que le secteur de la gestion d’actifs est rentré dans une phase de contraction de ses revenus.

Une forte baisse du taux de commission sur encours

Le dernier rapport annuel de l’AMF sur la gestion d’actifs montre une érosion notable du taux moyen de commission sur encours perçu pour la gestion collective entre 2010 et 2017 en passant de 62 à 51 points de base (-17%). Une autre étude de Bloomberg publiée en février 2018 estime que les commissions sur encours des asset managers vont continuer à baisser de 11% à horizon 2025 et qu’en parallèle, les coûts de production devraient, eux, progresser de 3%.

Evolution des encours bruts

Revenus en baisse, coûts en hausse, le résultat est sans appel : la rentabilité du secteur est dans une tendance baissière.

Pour autant, ce secteur dégage encore une rentabilité élevée, très élevée même, avec un résultat net qui avoisine les 25% du chiffre d’affaires. En France, la gestion de portefeuilles se hisse en tête des secteurs industriels les plus rentables avec le luxe et la gestion immobilière. La rentabilité élevée du secteur s’explique par une structure de coûts essentiellement fixes. Passé le point mort, la marge sur coût variable est très élevée et la rentabilité monte en flèche. Pour l’exemple : gérer un fonds de 2 milliards d’euros coûte approximativement le même prix qu’un fonds de 1 milliards d’euros, modulo les coûts de prestations externes (Custody, TA, Fund Admin…) souvent proportionnels aux encours. Par contre, le revenu de la société de gestion double.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier les perspectives de hausse des encours à gérer qui restent bonnes. Nous avons encore trois drivers forts :

  • le taux d’épargne est élevé en Europe ;
  • la Chine s’équipe en produit de gestion collective en parallèle de la mise en place du système de retraite ;
  • les bilans des corporates n’ont pas vocation à rétrécir.

 

Même si le taux de commissions sur encours est en baisse, les revenus globaux du secteur devraient rester relativement stables à moyen terme si l’on parie sur cette hausse des encours

Cette séquence de baisse des revenus n’est finalement qu’une restitution aux investisseurs d’une partie des marges liées aux économies d’échelle et aux gains d’efficacité opérationnelle des gérants d’actifs.

La course au zero cost pour la gestion d’actifs

Fidelity et ses 4 ETF sans frais, la fintech Social Finance et ses ETF à 0% pendant un an, Salt Financial, un promoteur d’ETF aux États-Unis qui attend l’autorisation de la U.S. Securities and Exchange Commission pour pouvoir rémunérer 5 points de base ses investisseurs jusqu’à ce que le fonds atteigne 100 millions de dollars d’encours. Une sorte d’early bird share avec des commissions de gestion de -5 points de base.

Gérer sans aucun frais envoie le signal que cette activité n’a finalement aucune valeur et banalise le travail des gestionnaires qui œuvrent quotidiennement au financement des entreprises et des projets de vie de leurs clients.

Cette course au zero cost sera destructrice de valeurs, surtout pour l’investisseur au final.

Elle renforce la tendance aux mégas gestionnaires généralistes et va tuer la pluralité des offres.

Par ailleurs, comment financer l’incubation de nouvelles stratégies ou des classes d’actifs de niche si on ne dégage plus suffisamment de marge pour le faire ?

Comment financer la recherche de grande qualité, génératrice d’alpha, du fait d’une asymétrie favorable d’information ?

Des cacahuètes pour les asset managers ?

« If you pay peanuts, you get monkeys »

Est-ce raisonnable de demander à un asset manager de travailler pour 4 points de base comme ce fut le cas récemment sur un grand appel d’offres de la place ? L’institutionnel, comme tout client, doit savoir qu’il en a toujours pour son argent.

À ce niveau de commission de gestion, l’institutionnel ne peut pas s’attendre à un enchantement du « client servicing », à du reporting spécifique ou à la personnalisation de l’offre vendue.

J’appelle les professionnels du secteur ainsi que les institutionnels à ne pas suivre la voix du zero cost, cette voix est sans issue. Je les invite plutôt à emprunter la voie de l’innovation de la gestion d’actifs et du service client exceptionnel pour sortir par le haut de cette séquence.

Gare aux gorilles !

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