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29

Jan 2020

L'avenir de la recherche financière - Cahier de tendances AM 2020 Périclès Group
  • Articles et presse

L’avenir de la recherche financière

Les conséquences de MIFID II

L’entrée en application de la Directive MIFID II a permis d’apporter toute la transparence nécessaire aux investisseurs sur les frais de recherche payés aux brokers. Elle les déconnecte définitivement des volumes de transactions exécutés pour leur compte, en donnant la possibilité aux sociétés de gestion soit de les financer eux-mêmes, soit de les refacturer à leurs clients via un compte de frais de recherche sur la base d’un budget préalablement défini.

L’effet collatéral a été la réduction des budgets alloués à la recherche et donc la diminution de l’offre globale de recherche externe notamment produite par les prestataires historiques, en l’occurrence, le Sell-side (banques d’investissement, brokers…). Les producteurs sont tentés de se rapprocher comme l’a fait Natixis qui a cédé sa recherche d’actions à ODDO BHF en 2019.

MIFID II était attendue par les experts comme une très mauvaise nouvelle pour la recherche financière. Qu’en est-il exactement ?

Rééquilibrage de la recherche

La SFAF (Société française des analystes financiers) a lancé en février 2018 une initiative appelée « MIFID Vision » pour évaluer les impacts de la réglementation sur l’analyse financière. L’observatoire constatait, fin 2018, une dégradation de la couverture des valeurs moyennes cotées à Paris.

Cette difficulté de couverture des small et mid caps par la recherche indépendante n’est pas une nouveauté. Près de 40% des sociétés cotées n’étaient suivies par personne ou que par un seul analyste avant 2018. Il convient cependant de relativiser cette problématique. L’absence d’analyse disponible sur le marché n’implique pas forcément que les sociétés ne sont pas suivies. La recherche interne faite par les sociétés de gestion spécialisées joue un rôle clé pour ce segment de la cote.

L'avenir de la recherche financière - Périclès Group

Il en est de même pour toutes les classes d’actifs dites de niche. L’existence même des sociétés de gestion spécialisées repose sur leur capacité à analyser les marchés et les émetteurs de leur univers d’investissement. La recherche interne est donc prépondérante pour tous les actifs non « mainstream » et le restera encore longtemps car c’est un puissant générateur d’Alpha. Nous assistons à un rééquilibrage de recherche entre l’interne et l’externe.

Recherche sponsorisée

La recherche sponsorisée (financée par l’émetteur) poursuit son envolée. D’après la SFAF, ses contrats auraient triplé en l’espace d’un an tandis que les budgets alloués à la recherche par les sociétés de gestion ont globalement baissé depuis 2 ans.

Force est de constater que la recherche sponsorisée permet de pallier à l’érosion de la production d’analyse sur le marché. L’expansion de la recherche sponsorisée soulève néanmoins, pour l’AMF, des problématiques en matière de gestion des conflits d’intérêts et de protection de l’investisseur.

Ainsi, les professionnels s’organisent face à cette nouvelle donne et tentent l’autorégulation de l’activité. Une charte de bonne conduite est en cours d’élaboration par la SFAF afin de limiter les risques de conflit d’intérêts. Elle comprend des mesures comme l’interdiction d’émettre des recommandations, d’instaurer la transparence sur la place de l’analyste et de ses liens avec l’émetteur ou de demander le paiement de l’intégralité de la prestation avant la publication de l’analyse. De plus, l’AMAFI (Association française des marchés financiers) planche également sur un contrat type entre la société et le bureau de recherche pour encadrer les relations entre les deux parties.

Innovation

Des entrepreneurs ont vu, dans les contraintes sur la recherche imposée par MIFID II, une opportunité de développer une offre innovante pour répondre aux besoins des acteurs du « buy » et du « sell side ». Des sociétés proposent en effet des solutions technologiques pour optimiser les budgets de recherche et faciliter la mise en conformité des acteurs. Les entrepreneurs français ne sont pas en reste.

Par exemple, la société ResearchPool s’est très tôt positionnée comme une place de marché pour faciliter la distribution de la recherche financière. L’offre a été complétée par une solution de gestion du budget, de la consommation et de l’évaluation de la recherche pour le « buy side ». Citons également Alphametry qui propose une plateforme collaborative d’accès à l’analyse financière (interne ou externe) afin d’organiser la consommation de recherche et d’évaluer la recherche produite.

Recherche financière - Périclès Group
Par ailleurs, l’utilisation des technologies de « Natural Langage Understanding » devrait bénéficier aux producteurs de recherche en augmentant significativement le nombre d’émetteurs suivis par analyste. D’ici quelques années, la machine préparera les données financières ou extra financières voire, peut-être, proposera des rapports sans intervention humaine.

La mutation du modèle économique de la recherche financière est propice à l’innovation et les sociétés de gestion devraient en bénéficier. L’arme de la recherche sera sans doute déterminante dans la bataille que livrent les gérants dits « actifs » pour lutter contre la déferlante de la gestion passive.

Thida Lim

 

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