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Juin 2026

  • Articles et presse

Le changement climatique, un défi pour l’assurance santé qui redessine son rôle de préventeur

Article écrit par Hélène Lanier, Directrice Durabilité, Alexandra Lesdel, Consultante Senior, et Cassandre Colbeau – Justin, Consultante.

 

D’ici la fin du siècle, si aucune mesure ambitieuse n’est prise, certaines régions françaises pourraient connaître jusqu’à 90 jours de chaleur extrême par an, contre une quinzaine1 actuellement. Les étés 2022 et 2025 sont respectivement les 2e et 3e étés les plus chauds enregistrés depuis 1900, et 2026 enregistre actuellement sa 2e vague de chaleur avant le début de la période estivale. Les trois épisodes caniculaires successifs de 2022 ont, d’après Santé Publique France, causé 2 816 décès en excès, principalement chez les plus de 75 ans, et aggravé les pathologies cardiovasculaires et respiratoires.  

Le changement climatique favorise le développement de maladies vectorielles dans des régions traditionnellement non concernées. Auparavant confinées aux zones tropicales et subtropicales, les maladies vectorielles et liées à l’eau sont en pleine expansion géographique. Certaines espèces, comme le moustique tigre, colonisent aujourd’hui les régions tempérées. Santé publique France rapporte ainsi des cas autochtones en augmentation en France hexagonale en 2025 : plus de 500 cas de chikungunya, 36 de virus West Nile et 25 de dengue. Ce phénomène expose des populations non immunisées à des risques épidémiques nouveaux, en particulier dans les zones urbaines peu préparées à la gestion de tels agents infectieux. 

Les impacts du changement climatique sur la santé des individus touchent en priorité les populations les plus vulnérables (jeunes enfants, personnes âgées, malades chroniques) et sont couplés à une désorganisation des infrastructures publiques, impactant notamment les établissements de santé. Les phénomènes climatiques peuvent aussi affecter les chaînes de production et donc créer des ruptures d’approvisionnement en médicaments. De plus, la raréfaction de ressources en eau et en matières premières essentielles pourrait entraîner des contraintes de production et donc une hausse des coûts.  

Le changement climatique amplifie ainsi les vulnérabilités existantes, posant des défis majeurs à la fois pour la santé publique et pour les politiques sociales. Pour le secteur de l’assurance, l’anticipation de ces risques suppose des réponses intégrées, combinant protection sociale, adaptation des systèmes de soins, et prévention ciblée sur les groupes les plus exposés. 

 

Le dérèglement climatique, amplificateur des tensions inflationnistes sur le modèle assurantiel santé  

Les effets du changement climatique sur la santé humaine se traduisent par des conséquences économiques et financières importantes. Depuis près de dix ans, les assureurs intègrent progressivement les risques climatiques sur leurs actifs financiers à travers des politiques d’investissement responsable. Mais aujourd’hui, la réflexion s’étend au risque assurantiel, c’est à-dire aux engagements pris vis-à-vis des assurés. Dans le secteur de la santé, cette réflexion est d’autant plus centrale qu’elle s’inscrit dans un contexte de difficultés récurrentes d’équilibre financier des contrats.  

Le système de santé français est soumis à une dynamique inflationniste. En 2024, la dépense courante de santé au sens international (DCSi) atteint 333 milliards d’euros, en hausse de 3,6 % par rapport à 2023. A cela s’ajoutent des tensions liées aux ruptures d’approvisionnement des médicaments, créant des surcoûts ponctuels et des risques de substitution vers des traitements plus onéreux. Ces facteurs exposent le secteur à un risque accru de pénuries avec des conséquences non seulement sur les prix mais aussi sur la continuité des traitements pour les patients. Pour les assureurs, ces ruptures peuvent générer des surcoûts imprévus liés au recours à des alternatives thérapeutiques plus coûteuses ou à la prise en charge de complications médicales résultant de retard ou d’interruptions de traitement. Cela crée un risque technique et financier supplémentaire à intégrer dans les modèles de couverture santé et prévoyance.   

 

Les assureurs au défi de risques santé aggravés

Le financement des soins de santé en France repose essentiellement sur la sécurité sociale, complétée par les organismes complémentaires de santé et dans une moindre mesure par les ménages. En 2024, la branche maladie de la sécurité sociale finançait 78,7% de la consommation de soins et de biens médicaux (CSBM), soit près de 200 milliards d’euros sur un total de 254,8 milliards d’euros. Ce niveau de couverture publique, relativement stable ces dernières années, masque cependant des disparités selon les types de soins et un transfert progressif de charges vers les complémentaires de santé.   

En 2024, les organismes complémentaires ont financé 12,8% de la CSBM, soit 32,5 milliards d’euros en hausse de +5,9% sur un an, c’est à dire deux fois plus que la croissance enregistrée en 2022.  

L’évolution démographique constitue un facteur clé dans cette dynamique de transfert de charges. D’ici 2050, un Français sur trois aura plus de 60 ans. Or la consommation de soins croît fortement avec l’âge : une personne de plus de 65 ans consomme en moyenne 3,3 fois plus de dépenses de santé qu’une personne de moins de 65 ans. Le vieillissement s’accompagne d’une explosion des pathologies chroniques. Ces patients représentent à eux seuls 65% des dépenses de santé, bien qu’ils ne constituent moins de 25% des assurés. Si l’assurance maladie prend en charge l’intégralité de ces augmentations, elle alourdit un déficit déjà élevé, limitant encore davantage ses marges de manœuvre. Un transfert de charges s’opère dès lors vers les organismes complémentaires santé, qui doivent absorber une part croissante des dépenses tout en subissant les contraintes réglementaires et techniques. Le changement climatique vient s’ajouter à cette problématique, et risque d’accroitre la demande de soins. Cette évolution représente un enjeu majeur, non seulement pour l’assurance maladie dont les budgets sont sous contrainte, mais aussi pour les organismes complémentaires qui doivent intégrer ces évolutions dans leur calculs actuariels. 

 

L’innovation produits au service d’une atténuation des risques et de la relation clients 

L’impact du changement climatique sur la santé humaine entraine l’émergence de nouvelles pathologies et l’aggravation de maladies existantes. Les assureurs, en réponse, développent des produits d’assurance santé adaptés à ces nouveaux défis. Ces initiatives s’inscrivent dans la stratégie ESG de l’assureur, et combinent en général des aspects sociaux et environnementaux, visant plus spécifiquement les publics les plus vulnérables. Au-delà de l’adaptation de leurs offres de couverture, les assureurs santé sont amenés à investir dans la santé environnementale. Plusieurs acteurs mutualistes ont déjà engagé des démarches ; AESIO mutuelle et l’EHESP ont créé la chaire de recherche RESPECT (Résilience en Santé, Prévention, Environnement, Climat et Transition) avec l’ambition d’étudier les risques sanitaires liés au dérèglement climatique, leurs conditions d’assurabilité et de proposer des modèles de prévention adaptés. La MNT, de son côté, a structuré un pilier santé environnementale au sein de sa stratégie climat, organise des actions de sensibilisation ciblées sur les risques de fortes chaleurs pour les agents en extérieur, la qualité de l’air ou l’exposition aux produits du quotidien.  

Ces innovations renforcent le rôle de l’assureur en matière de prévention, intervenant en amont de l’indemnisation afin d’accompagner les populations vulnérables exposées à des risques environnementaux par le biais d’une prévention ciblée intégrée aux contrats. Le renforcement de ce pan essentiel de l’activité d’un assureur santé est une nécessité, mais également une opportunité pour renforcer la proximité entre l’assureur et le bénéficiaire. Les réseaux commerciaux deviennent des acteurs de premier plan de la mise en œuvre des stratégies ESG institutionnelles. Cela permet de créer une plus grande proximité.

 

Le changement climatique intensifie et modifie la nature des risques, leurs interconnexions et leurs temporalités. Il impose de revoir le rôle de l’assurance, non plus comme un filet de sécurité passif mais comme un levier actif d’anticipation, de stabilisation et de transition. Cette transformation est un levier puissant pour approfondir la relation commerciale avec les bénéficiaires et renforcer la proximité avec la clientèle.  

 

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